Sainte Claire

Lumière qui brûle sur le monde entier : Claire d’Assise

Le soir des Rameaux 1212, agenouillée dans la petite chapelle de Notre- Dame des Anges, près d’Assise, Claire Favarone di Offreduccioo, une jeune fille de 19 ans, fonde, sans le savoir encore, l’Ordre des Sœurs Pauvres.

CSC_0574Née dans une famille de la noblesse locale, Claire, dès son enfance, manifeste un grand amour de Dieu et des pauvres. De même que l’arbre se reconnaît à ses fruits, on peut discerner, à travers cette fille lumineuse, les vertus de la mère. Dame Ortolana, en effet, est une authentique croyante de ce Moyen- Age qui ignorait les demi- mesures. Sa foi la conduira jusqu’à Jérusalem, au mépris de tous les dangers. Elle en sera magnifiquement récompensée par Celui qui donne toujours avec largesse. Enceinte de son premier enfant, alors qu’elle prie pour demander une heureuse délivrance, elle s’entend promettre : « Ne crains rien. Tu enfanteras une lumière qui illuminera le monde entier. »

Promesse splendidement réalisée en celle dont le nom révèle à la fois le plus intime du cœur, et le rayonnement de la vocation.

Enfant déjà brûlée de l’amour de Dieu, se cachant pour prier et se privant de nourriture pour venir en aide aux pauvres, elle devient une jeune fille lumineuse et transparente, brillante, mais le regard sans cesse tourné vers l’intérieur, attentive à la présence de Dieu et captivée par cet amour qui la prend de plus en plus.

En âge de se marier, elle refuse obstinément les plus beaux partis, au grands désespoir de sa famille. Claire, en effet, a résolu de se donner au Christ. Sans savoir encore comment mettre à exécution son projet, elle le défend avec une fermeté et une force de décision qui seront, toute sa vie, les traits marquants de sa personnalité.

La rencontre de François d’Assise, fils d’un riche marchand, récemment passé d’une vie tumultueuse et dissolue à une austère pénitence, par amour de son Dieu, sera le tournant décisif de la vie de Claire. Quelques entretiens avec l’homme de Dieu lui font comprendre que sa voie se situe hors des sentiers balisés par les Règles des grands Ordres. Dans l’attachement passionné de François pour son Seigneur pauvre et crucifié, elle reconnaît son propre désir, ses aspirations les plus radicales. Dans sa vie rude et dépouillée, à l’image de celle du Christ et de sa Mère, elle voit la réalisation de ce qu’elle- même, de toutes ses forces, aspire à vivre.

Au soir des Rameaux, à l’orée de ce qu’elle appellera « la Grande Semaine », elle s’enfuit de la maison paternelle et rejoint François à la Portioncule. Revêtue d’une bure semblable à celle des frères, elle devient la première « Sœur Pauvre ».

Dès lors, elle vivra à St Damien, dans la petite maison attenante à une chapelle restaurée par François.

Paradoxalement, c’est là, loin des yeux des hommes, en retrait de la vie de ce siècle, que Claire va réaliser la prophétie adressée à Dame Ortolana et, par l’exemple de sa vie et la ferveur de son amour, éclairer et réchauffer l’Eglise et le monde.

La lumière qui se dégage de Claire et qui attirera à sa suite des centaines, puis des milliers de jeunes femmes désireuses de se donner à Dieu sans réserve, cette lumière est celle d’un feu.

Le feu d’un amour inconditionnel pour son Seigneur, consumant sur son passage tous les obstacles, éclairant chaque fibre de son être jusqu’à la rendre totalement transparente à Celui qu’elle veut imiter, réchauffant ses sœurs et, plus largement, tous ses frères alentours, au point de faire d’elle, à l’image de François le frère universel, la mère et la sœur de tous.

Ce feu, elle le puisait dans une vie de prière incessante, la contemplation ininterrompue du visage de son Epoux, le Christ pauvre et crucifié. Ses sœurs nous rapportent qu’elle revenait de la prière le visage rayonnant d’une lumière intérieure.

Son amour passionné pour le Christ est la clef de toute sa vie. C’est cet amour qu’elle s’efforcera de transmettre à ses sœurs. Ainsi écrit- elle à Agnès de Prague, fille du roi de Bohème qui a renoncé à un brillant mariage pour suivre, elle aussi, la voie de la vie évangélique : « C’est au Christ pauvre que, vierge pauvre, tu dois rester attachée »

C’est dans cet amour également que s’enracine l’affection, à la fois maternelle et exigeante, qu’elle voue à ses sœurs. Elle les a reçues comme un don de Dieu, en même temps que sa propre vocation. Claire n’avance jamais seule ; c’est avec ses sœurs qu’elle veut observer l’évangile, marcher vers le Royaume, « conservant au cœur le brûlant désir de s’unir au Christ pauvre et crucifié » ( 1ère lettre à Agnès de Prague). Elle les entraînera à sa suite par le simple rayonnement de son amour, par la droiture absolue de sa vie, éclairant tout autour d’elle sans même s’en rendre compte.

La pauvreté du Fils unique de Dieu, « le plus beau des enfants des hommes devenu, pour notre amour, le dernier des humains », l’a bouleversée, comme elle a bouleversé François. Cette pauvreté, que le Roi de gloire a choisie pour Lui et pour sa Mère, elle la choisit à son tour, pour elle et pour ses sœurs, avec la détermination qui la caractérise et sans aucun compromis.

Toute sa vie, elle résistera résolument à toutes les sollicitations qui voulaient l’en détourner, même à celles du Pape, dont elle se veut pourtant la fille très soumise. Mais l’appel à une vie évangélique sans accommodements, au choix radical de la pauvreté et de l’humilité que lui a indiqué François, ne souffre aucune compromission.

C’est dans ce dépouillement semblable à celui du Fils à la crèche et à la croix, dans cette désappropriation qui laisse libre pour se recevoir et tout recevoir du Père, que va s’enraciner sa joie, une joie profonde et sereine qu’aucune épreuve, aucune souffrance, aucune contradiction ne pourront lui ravir.

Lorsqu’elle meurt, le 11 août 1253, c’est enserrant dans ses mains sa Règle, enfin approuvée par le Saint Siège, cette Forme de vie qu’elle aura vécue pendant 40 ans avant de la traduire en mots, première Règle monastique rédigée par une femme, et qui accorde définitivement à son Ordre le droit de se réclamer de François et de vivre la même pauvreté.

Béni sois- tu, Seigneur, de m’avoir créée.

Ces ultimes paroles, adressées à son Créateur par Claire mourante, dévoilent le sens et le secret de toute son existence. Sa vie tout entière a été illuminée par la joie de se savoir aimée et appelée par Dieu. Depuis qu’elle a expérimenté la grâce du Seigneur, comme elle le dit elle- même, aucun fardeau ne lui a semblé trop lourd, aucune peine trop amère. Cette allégresse profonde, qui a transfiguré toute sa vie, par- delà toute épreuve et toute souffrance, jaillit, à l’heure de sa mort, dans ce cri d’action de grâce. Dieu ne l’a pas déçue. Elle meurt comme elle a vécu, heureuse, infiniment, d’être sa créature, son enfant, son épouse.

Longtemps méconnue, la figure de Claire se redessine à notre époque, pour ce qu’elle est vraiment : une femme passionnée du Christ, façonnée par une ardente vie de prière, puisant le secret de sa paix et de sa joie dans la pauvreté qui libère pour accueillir Celui qui vient.